Présidentielle 2012 : le “consensus numérique” ou la mollesse des propositions

Le Collectif du Numérique a proposé à chaque candidat à la présidentielle 2012 de donner son projet et ses propositions pour le domaine du numérique en France. Cinq candidats sur dix ont répondu à l’appel : François Hollande, Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Eva Joly et Nicolas Dupont-Aignan. Les réponses sont pour le moins “abstraites” et manquent de clarté.Pour la présidentielle 2012, la moitié des candidats se réunit autour d’un “consensus numérique”, titre lemonde.fr le 17 avril. Ce “consensus” est révélateur de l’absence de propositions, surtout concrètes, des candidats pour le numérique en France.

Le numérique : un secteur-clé de la production française

Le Collectif avait ainsi proposé une série de six thèmes aux candidats :
-* “la vision stratégique de la compétitivité du numérique pour la création d’emplois,
-* les aspects réglementaires et fiscaux,
-* l’engagement pour l’accompagnement de l’innovation numérique,
-* l’effort de formation au numérique,
-* la modernisation numérique de l’Etat et l’exemplarité des services publics.”

Les candidats s’entendent bien sûr tous que le numérique est un secteur de croissance très important. Le Monde résume la pensée des candidats :

“Un des principaux leviers d’actions pour la reconquête de la compétitivité de nos entreprises”, selon Nicolas Dupont-Aignan, une “source d’une croissance soutenue et durable” d’après François Hollande ou un “potentiel d’innovation et de création”, selon les mots de François Bayrou… Pour les répondants, le numérique est un sujet fondamental. Tous estiment que la France doit se développer sur les terrains de “la révolution numérique”.”

Des propositions abstraites et généralistes

Très bien, mais quelles propositions pour relever les défis de ce grand secteur, innovant et essentiel pour tous les candidats ? C’est plutôt de ce côté que les prétendants à la présidence pèchent : les propositions sont généralistes et axées sur les thèmes généraux de leurs campagnes respectives (soutien aux PME, taxation des grands groupes, crédit impôt recherche…) et ne prêtent pas beaucoup d’attention aux enjeux spécifiques du secteur numérique.

Le Collectif du Numérique, par exemple, formule pourtant de nombreuses propositions spécifiques au secteur du numérique afin de soutenir son développement en France : pas seulement le développement de l’industrie numérique mais de l’utilisation de ses outils en France, par exemple par le biais du soutien des infrastructures, par la généralisation des outils de sécurité numérique (pour mieux sécuriser nos interactions en ligne), soutien via la recherche et le développement et via la formation… De façon générale, les candidats gesticulent beaucoup et proposent des pages et des pages de réponse (Nicolas Sarkozy en donne 37), mais n’abordent que très peu (ou pas du tout) ces différents points, tout en se gardant de faire trop de promesse et en restant sur un terrain généraliste.

Les candidats abordent la formation au numérique un peu plus spécifiquement, et s’entendent également sur ce point. On parle de filières spécialisées, comme le “Bac numérique” de Nicolas Sarkozy ou une nouvelle option (“spécialité optionnelle”) au lycée général et technologique. En général, on parle plutôt de “grandes orientations” (citation de François Hollande) que de propositions précises. Verront-elles le jour ? Sont-elles adéquates ? Bonne question, qui ne verront sans doute pas de réponse au vu de l’intérêt médiatique autour de ces enjeux.

Les 37 pages de réponse de Nicolas Sarkozy

Au total, les propositions sont assez peu détaillées et en général non chiffrées, comme le souligne Le Monde. Les propositions de Nicolas Sarkozy se distinguent , notamment par leur longueur et sur le nombre de sujets abordés, mais se révèlent relativement floues sur la plupart des points, qui sont évoqués en quelques paragraphes avant de passer au suivant.

Nicolas Sarkozy évoque par exemple les enjeux de la propriété intellectuelle à l’ère du numérique. L’ACTA, qui constitue pourtant un enjeu important dans le cadre du renforcement de la propriété intellectuelle dans le secteur du numérique, est passé sous silence, de même que les autres projets de la Commission Européenne. On lit uniquement des phrases simples, qui consistent à répéter que la propriété intellectuelle doit être “renforcée” mais qui donnent une idée de l’orientation générale du président sortant : “Là encore, nous ne devons pas être naïfs : sécurité, protection et respect du droit ne sont pas des menaces contre nos libertés, ils en sont plutôt les garanties.” C’est certes généraliste, mais Nicolas Sarkozy a au moins le mérite d’avoir répondu de manière bien plus exhaustive que ses concurrents.

 

Globalement, les réponses des candidats sont donc une déception. Le “consensus numérique” est un consensus mou.